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Séminaires annuels "Mondes indiens" (2015-2016)

Séminaire mensuel

Organisateurs
Nicolas Dejenne (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3) et Françoise ‘Nalini’ Delvoye (EPHE)

Le séminaire Mondes indiens, organisé par Mondes iranien et indien, se propose de présenter les recherches en cours ou récemment publiées sur les mondes indiens et indianisés — correspondant donc essentiellement aux pays actuels d’Asie du Sud et d’Asie du Sud-Est —, réalisées par des enseignants-chercheurs, chercheurs confirmés et doctorants de l’UMR ou par des intervenants invités. Ce séminaire pluridisciplinaire est ouvert à tous les chercheurs travaillant sur le monde indien, aux étudiants de master, aux doctorants, et pourra constituer un lieu de débats et d’échanges avec des spécialistes d’autres aires culturelles.

 

Programme

Mercredi, 25 novembre 2015
11h00 - 12h30
Université Sorbonne nouvelle - Paris 3, centre Censier
13 rue de Santeuil, 75005 Paris, , salle 410 (4e étage)

  • Emilie ARRAGO-BORUAH, EHESS, LIAS-IMM
    Yogī et naṭī en Assam : Adaptation et création d’un mythe

Au 16ème siècle, en Assam, les magiciens gagnent les faveurs des rois à la cour et les danseuses des temples entrent en scène. Dans la littérature vernaculaire écrite à cette époque, on les appelle respectivement yogī et naṭī. L’un et l’autre participent au renouveau tantrique qui est marqué par deux épisodes historiques : la réouverture du grand temple de Kāmākhyā, initiée par les rois koch en 1565, et le patronage démesuré des rois ahom aux 17ème et 18ème siècles.
À partir de deux textes indo-persans sur les expéditions mogholes en Assam, nous posons la question de la magie comme justification rationnelle des défaites et des pertes dans la région. Puis, en comparant ces textes avec les chroniques historiques assamaises, nous montrons que le yogī magicien appartient plus au mythe qu’à la réalité sociale où la magie relève du magicien-chanteur, de l’astrologue ou encore du guru. L’enquête sur les danseuses des temples vient en contrepoint, non pas pour remettre en cause leur existence (prévalant dès le 9ème siècle) mais pour montrer comment la société contemporaine en a fait un mythe plus qu’un héritage historique.

Membre du projet ANR "Autour du Brahmapoutre", Emilie ARRAGO-BORUAH a récemment soutenu à l’EHESS une thèse d’anthropologie intitulée "Kāmākhyā. La déesse et la sexualité en Assam" ; elle travaille autour de quatre axes : la parenté et la sexualité, les pratiques magiques et d’ensorcellement, les tribunaux et l’économie religieuse, la littérature assamaise écrite et orale.

 

Mercredi, 16 décembre 2015
12h00 - 13h30
Université Sorbonne nouvelle - Paris 3, centre Censier
13 rue de Santeuil, 75005 Paris, , salle 414 (4e étage)

  • Jean-Michel CREISMEAS, Ancien doctorant de Mondes iranien et indien
    Yoga tantrique, yoga philosophique : le cas du Mataṅgapārameśvaratantra

L’historiographie du yoga tend à opposer d’un côté le yoga philosophique, exposé dans les Yogasūtra, et de l’autre le yoga tantrique, étroitement lié au rituel, souvent mêlé de magie et de pratiques transgressives. Mais ce clivage entre yogadarśana et tantrayoga apparaît bien réducteur. L’exemple du Mataṅgapārameśvaratantra, l’un des tantra majeurs du Śaivasiddhānta, contenant un long développement sur le yoga, montre au contraire que le yoga tantrique peut aussi être le point de départ d’une riche réflexion philosophique. Son commentaire par le philosophe Rāmakaṇṭha (originaire du Cachemire, actif dans la 2nde moitié du 10ème siècle) met encore davantage en évidence les relations entre yoga et doctrine.
D’un autre côté, les techniques de yoga décrites dans ce tantra sont aussi, pour la plupart, évoquées dans les Yogasūtra. Les écarts entre les deux formes de yoga ne résident pas tant dans l’existence ou non d’une dimension philosophique, ou dans les techniques de yoga, que dans le cadre philosophico-religieux dans lequel le yoga s’insère et qui lui donne sens.

Jean-Michel CREISMEAS. Ancien doctorant de l’UMR Mondes iranien et indien, J.-M. Creismeas a soutenu le 7 octobre 2015 à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 une thèse d’études indiennes sur le śaivasiddhānta, intitulée "Le yoga du Mataṅgapārameśvaratantra à la lumière du commentaire de Bhaṭṭa Rāmakaṇṭha". Il collabore à l’édition du Sūkṣmāgama en cours à l’Institut français de Pondichéry.

 

Mercredi, 10 février 2016
11h00 - 12h30
Université Sorbonne nouvelle - Paris 3, centre Censier
13 rue de Santeuil, 75005 Paris, , salle 410 (4e étage)

  • Gopa SAMANTA, Professeur de géographie, Département de géographie, Université de Burdwan, Bengale Occidental, invitée sur la chaire Genre et Egalité de l’Université Sorbonne Paris Cité (janvier-avril 2016)
    Feminist Movements and Women in India’s Development Discourse : A Special Focus on Education, Health and Work

The movement for women’s well-being was started in India by male social reformers influenced by Western modernity during the colonial period in the 19th century. The early movement, also defined as the first phase of women’s movement in India, was to ensure women’s access to education and to eliminate certain social discriminatory practices towards women. The access to education later paved the path for a second phase of mainstream feminist movements led by the rising educated urban middle class women. The later part of this second phase is subsumed by the nationalist movement. The third phase of the movement in the post independent period is characterized by its diversity and plurality.
The lecture is organized in two sections. The first section will discuss the history of the feminist movement in India and its major gains and challenges in term of legal reforms and practices. The second section will focus on broader issues of development in terms of planning and policies with a special focus on women’s education, health and work.

Mme Gopa SAMANTA est professeur de géographie à l’université de Burdwan (Bengale Occidental, Inde). Ses travaux de recherche s’inscrivent dans les études urbaines, de genre et les questions de développement. Elle a participé à plusieurs projets de recherche collectifs interdisciplinaires, indiens et internationaux, sur des thèmes comme "genre et pauvreté" ou "gouvernance et services de première nécessité dans les petites villes indiennes". Elle est notamment co-auteur (avec K. Lahiri-Dutt) de l’ouvrage Dancing with the River : People and Life on the Chars of South Asia, publié en 2013 chez Yale University Press. Elle écrit aussi régulièrement sur les questions de genre dans la presse de langue bengalie afin d’atteindre un lectorat plus large, au-delà du monde académique.
Pour plus de détails sur les publications de Mme Gopa Samanta, se reporter à :
http://www.buruniv.ac.in/Downloads/Biodata/EMP_2382_GopaSamanta.pdf et http://suburbin.hypotheses.org/

 

Mercredi, 9 mars 2016
16h00 - 17h30
Université Sorbonne nouvelle - Paris 3, centre Censier
13 rue de Santeuil, 75005 Paris, salle 123 (1er étage)

  • Whitney COX, Associate Professor, Department of South Asian Languages and Civilizations, University of Chicago
    Finding Philology in the South Indian Middle Ages

Philology was everywhere and nowhere in premodern India. That it was everywhere can be established by a broad set of criteria : among them, the evidence of manuscript production and reproduction ; the millennia-long history of the disciplines of language science and hermeneutics ; and a commonly-held set of textual and interpretive practices seen in the works of authors who lived and worked in disparate times, places, languages, and genres. That it was nowhere is equally apparent : the civilization of classical and medieval India produced no self-conscious account of philology—indeed, it lacked a word for it altogether—and, compared to other culture-areas like Western Europe, the Arabic ecumene, or the Sinitic world, never produced any general theory of textual authenticity and reliability. On this view, Indic civilization produced literati and scholars in great abundance, but no philologists.
A number of scholars—among them Gérard Colas and Sheldon Pollock—have made important attempts to identify and describe Indic textual practices that approximate the field of philology as it has been practiced in the West and elsewhere. In this seminar presentation, I argue that these practices can be situated within a range of other, more exotic modes of philology. In particular, the new corpora of anonymous Sanskrit texts that were produced in medieval South India—chiefly works which were self-described as purāṇas and tantras—embody practices which constituted an internally consistent set of philological methods. While I will sketch in these methods with examples drawn from purāṇic, Śaiva, and Pāñcarātrika sources, the balance of my presentation will examine cases of the reception of these techniques by more conventional śāstric authors, especially the very different works of the dramaturge Śāradātanaya and the great Śrīvaiṣṇava polymath Veṅkaṭanātha (a.k.a. Vedāntadeśika).

Associate Professor au Department of South Asian Languages and Civilizations de l’Université de Chicago, Whitney COX a enseigné auparavant à l’Université de Pennsylvanie et à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de Londres. Ses principaux domaines de recherche sont la littérature et la théorie littéraire sanskrites et tamoules, l’histoire médiévale de l’Inde du Sud et le śivaïsme. Il a publié de nombreux articles et co-dirigé deux volumes, South Asian Texts in History : Critical Engagements With Sheldon Pollock (avec Y. Bronner and L. McCrea. Asia Past and Present, 2012/Primus Books, 2015) et Bilingual Discourse and Cross-cultural Fertilisation : Sanskrit and Tamil in Medieval India (avec V. Vergiani, IFP/EFEO, 2013). Paraîtront aussi prochainement : Politics, Kingship, and Poetry in Cola South India (Cambridge University Press) et Modes of Philology in Medieval South India (Philological Encounters, Brill).
(http://salc.uchicago.edu/faculty/cox)

 

Mercredi 6 avril 2016
11h00-12h30 et 14h-15h30
Université Sorbonne nouvelle - Paris 3, centre Censier
13 rue de Santeuil, 75005 Paris, salle 410 (4e étage)

Al-Bīrūnī, qui vécut au tournant du premier millénaire de l’ère chrétienne en Asie centrale, s’appliqua à l’étude de nombreuses sciences, telles que les mathématiques, l’astronomie, la géographie, la gemmologie, l’histoire ou l’étude des sociétés. Parmi ses écrits, il nous a légué une monographie sur l’Inde, le Taḥqīq mā li-l-Hind (ca. 1030). Cette œuvre est particulièrement remarquable en raison de l’exhaustivité, de la rigueur et de l’objectivité avec lesquelles il décrit la religion, les sciences, les littératures et les coutumes de l’Inde.
A de nombreuses reprises dans cet ouvrage, al-Bīrūnī cite et mentionne deux traductions arabes de textes sanskrits liés aux philosophies indiennes Sāṃkhya et Yoga. Il intitule ces deux traductions le Kitāb Sānk et le Kitāb Pātanğal. Tandis que le Kitāb Pātanğal nous est parvenu en entier sous la forme d’un manuscrit, le Kitāb Sānk nous est accessible uniquement par des extraits dans le Taḥqīq mā li-l-Hind.
Sur la base de données archéologiques et philologiques, cette présentation retrace la vie du penseur et son parcours intellectuel, pour ensuite se concentrer sur le contexte dans lequel al-Bīrūnī a composé le Kitāb Sānk et le Kitāb Pātanğal. Plusieurs chercheurs, notamment Sachau (1888), Takakusu (1904), Garbe (1894 ; 1917) ou Pines et Gelblum (1966 ; 1977 ; 1983 ; 1989), tentèrent d’identifier les sources sanskrites de ces traductions. Leurs tentatives n’ont cependant jamais abouti à des résultats concluants. Aussi, une analyse d’extraits de textes arabes et sanskrits permettra de mettre en lumière les obstacles et les problèmes rencontrés par ces chercheurs, et finalement des solutions à ces problèmes seront proposées grâce à l’étude de l’herméneutique d’al-Bīrūnī.

La conférence sera complétée, de 14h à 15h30, en salle 410, par la projection du film documentaire Biruni : La plume des Envahisseurs de Vladimir LONCAR et Noémie VERDON (2013), en présence de celle-ci ; Viola ALLEGRANZI, doctorante de l’UMR Mondes iranien et indien, qui travaille également sur la dynastie ghaznavide mécène d’al-Bīrūnī, présentera le film et animera la discussion suivant la projection.
« Biruni, génie universel de la fin du premier millénaire, est originaire de Khwarezm, dans l’actuel Ouzbékistan. Sa plume n’a pas d’égale à l’époque de l’âge d’or de l’extrême orient musulman. Nous suivons ses traces à travers un long périple de plus de dix mille kilomètres, à travers trois pays : l’Ouzbékistan, avec ses majestueuses villes fortifiées ; le nord du Pakistan, alors dominé par des courants religieux hindous ; et l’Iran où, dans le parc de Laleh de Téhéran, nous retrouvons sa statue. […] Durant les mois de juillet-août 2012, nous avons exploré des pistes peu connues de l’Occident : musées et instituts, sites historiques et culturels. Reçus à bras ouverts, nous avons approché des spécialistes mais aussi des quidams dans la rue ou chez eux. Et ces moments de rencontres plus ou moins éphémères étaient l’occasion d’échanges sincères. » Noémie Verdon et Vladimir Loncar

Noémie VERDON a récemment obtenu son doctorat, préparé sous la co-direction de Johannes Bronkhorst et Charles Genequand, intitulé Al-Bīrūnī’s Kitāb Sānk and Kitāb Pātanğal : A Historical and Textual Study, à l’Institut de Langues et Civilisations de l’Asie du Sud de l’Université de Lausanne. Sa recherche est dédiée à al-Bīrūnī et à sa connaissance des philosophies indiennes Sāṃkhya et Yoga. Parallèlement à son travail de doctorat, elle a également coproduit avec Vladimir Loncar un documentaire historique sur la vie du penseur médiéval, qui fut tourné entre l’Ouzbékistan, l’Iran et le Pakistan. (Contact : noemie.verdon@openmailbox.org)

 

Mercredi 11 mai 2016
10h00-12h30
Université Sorbonne nouvelle - Paris 3, centre Censier
13 rue de Santeuil, 75005 Paris, salle 410 (4e étage)

Si le Grand Véhicule bouddhique s’est souvent montré critique du bouddhisme traditionnel, institutionnel ou « dominant » (mainstream), ce dernier le lui a bien rendu en lui déniant toute légitimité en tant que parole du Bouddha.
Du IIIe au VIe siècle de notre ère, les Mahāyānistes se sont employés à démontrer l’authenticité de leurs écritures. La communication évoquera certains aspects de l’argumentaire mahāyāniste à partir du Mahāyānasūtrālaṅkāra, son commentaire par Sthiramati et la Vyākhyāyukti de Vasubandhu.

Vincent ELTSCHINGER est Directeur d’études (Histoire du bouddhisme indien) à la Section des Sciences religieuses de l’École Pratique des Hautes Études. Après sa thèse, soutenue en 2003 à l’Université de Lausanne, il a été chargé de recherche à l’Institut d’histoire culturelle et intellectuelle de l’Asie (Vienne), qu’il a dirigé en 2014-2015.
Ses intérêts scientifiques portent sur la généalogie de la philosophie en milieu bouddhique, les contentieux entre écoles bouddhiques et brahmaniques, et le poète Aśvaghoṣa. Outre de très nombreux articles, Vincent Eltschinger est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Caste et philosophie bouddhique (Université de Vienne, Vienne 2000), Penser l’autorité des Écritures (Austrian Academy of Sciences Press, Vienne 2007), Buddhist Epistemology as Apologetics (Austrian Academy of Sciences Press, Vienne 2014), et, avec Isabelle Ratié, Self, No-Self, and Salvation (Austrian Academy of Sciences Press, Vienne 2013).

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